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 Les nouvelles du club : compte-rendu

COMMENT LE MONDE AGRICOLE VA-T-IL SURVIVRE

avec Bertrand Hervieu, Président de l' INRA.

Le lundi 11 juin 2001
 

Compte rendu de la soirée « citoyen » du 11 juin 2001

Pas de réponse synthétique. C’est un problème national, européen et mondial. Il a d’ailleurs fait échouer la réouverture des négociations de l’OMC.

1) La question est plus aiguë en France. Elle est mêlée au débat sur la République. C’est sous-jacent. Il faut remonter à Gambetta qui veut fonder la République sur une classe de " petits bourgeois " qui seront les héritiers des acquis de 1789 : les paysans. Création en 1881 du Ministère de l’Agriculture sur le modèle de celui des colonies :c’est un véritable gouvernement : l’homme, l’espace, l’éducation, la recherche…C’est aussi une façon de gérer les bulletins de vote. Toucher, encore aujourd’hui, à l’Agriculture c’est toucher à la République.

En 1960-1962 une loi signe la modernisation de l’Agriculture autour d’un projet de la JAC, groupe social " vierge " de compromissions de la guerre. L’état de paysan, prolongement de la création, est élevé au rang du sacré : C’est l’histoire sainte ! et le fondement de l’agriculture pour 40 ans.

En 1981, les Etats généraux de l’Agriculture (Edith Cresson) s’ouvrent sur l’idée qu’il peut y avoir d’autres voies que le productivisme, c’est l’échec. En 1999, la loi d’orientation agricole de Jospin (préparée par Juppé) apporte trois nouveautés :

  • L’agriculture n’est pas seulement marchande, elle est multifonctionnelle.
  • Les aides peuvent être modulées.
  • La production systématique doit être remplacée par une politique contractuelle. (CTE : Contrats Territoriaux d’Exploitation).

C’est un changement culturel, la production n’est plus le seul but. Cependant la " vocation " exportatrice n’est pas remise en cause.

 

2) Au niveau européen, la réforme de la PAC (Mac Sharry, 1992) veut rompre avec les prix garantis qui consomment 60% du budget européen. Les primes ne se réfèrent plus à la production mais à la surface, elles sont régionalisées, amorçant une politique de territoires ruraux. Rébellion des agriculteurs. Mise en place de l’Agenda 2000 qui poursuit la réforme de 1992. La modulation territoriale ne touche encore que 10% des primes compensatoires.

La réforme européenne est difficile car les cultures nationales diffèrent :

Pour les anglais, les campagnes sont avant tout un lieu de loisir. Les hollandais s’intéressent avant tout à la transformation des " matières premières agricoles ". Pour les méditerranéens la campagne est productive de richesse mais l’habitat est regroupé pour des raisons historiques de sécurité. Dans les Pays du Nord, la campagne n’est qu’un arrière pays. En France, c’est particulier, la campagne est un lieu de vie et de production.

Dans tous ces pays, les enjeux environnementaux, la sécurité alimentaire, amènent à s’interroger sur les procédés et les supports de production. Les différences de retour financier de la PAC selon les pays posent également un problème. La France est le premier producteur, le premier exportateur. Pour elle les enjeux électoraux sont majeurs.

Comment la réforme de la PAC va-t-elle se poursuivre ? Les compensations devraient diminuer, la contractualisation s’accroître, la PAC pourrait tendre vers la subsidiarité (renationalisation que refusent les adversaires de la réforme). Jean Glavany introduit la notion de sécurité alimentaire. C’est en fait un appel aux consommateurs autant qu’une façon de gêner les américains. Déjà en Angleterre, la multifonctionnalité est banalisée. L’Europe du Nord est aussi sur cette lancée. La Méditerranée est plus classique et l’Espagne prendra bientôt la présidence de l’Union Européenne.

3) Au niveau mondial, l’OMC va-t-il se rouvrir ? Quelle place va y prendre l’Agriculture ? La multifonctionnalité est soutenue par les pays développés (dossier OCDE). On veut un compromis entre production et reconnaissance des biens immatériels et citoyens.

Pour les USA, la multifonctionnalité ne sert qu'à masquer les aides. Les pays de groupe de CAIRNS sont hostiles à tout soutien public. L’Union Européenne est isolée, elle n’a pas su construire d’alliance avec l’Europe Centrale ou l’Afrique (négociation du GATT).

L’Europe est fragile dans l’OMC. La France aura à jouer une partie très difficile.

 

Quelques notes prises au cours du débat :

Le syndicalisme agricole laisse les politiques monter au créneau. Il est aujourd’hui plutôt en recul.

L’orateur n’a pas été assez sévère avec la FNSEA !

Les agriculteurs se rendent-ils compte (comme les sportifs) du fossé qui se creuse entre eux et la société ?

Le regard de la société sur l’agriculture a changé trois fois (patrimoine, puis outil de travail, enfin paysage)

Qu’est ce que le " monde " agricole, quand 20% des agriculteurs (blé-betterave) mobilisent 80% des aides ?

Mais l’Unité du " monde " agricole est avant tout culturelle.

Chirac c’est aussi Queille !

Certes tout cela coûte chère, mais faut-il laisser les américains seuls maîtres de l’arme alimentaire ?

L’agriculture sera " raisonnée " (pour les producteurs) " durable (pour les chercheurs et les techniciens) " paysanne " (pour la Confédération paysanne).

Les agriculteurs passent des contrats avec tout le monde sauf avec l’Etat qui pourtant contribue à la majorité de leur revenu.

L’élargissement n’est sans doute pas une belle perspective pour la petite paysannerie des Pays de l’Est, par contre, les grandes fermes d’Etat de Pologne par exemple en bénéficieront.

L’agriculteur défenseur de l’environnement, c’est un mythe !

On n’arrive pas à sortir du manichéisme !

Si la productivité agricole a fait d’exceptionnels progrès, c’est que le travail y a été organisé. Aujourd’hui, l’encadrement, la recherche (le tertiaire agricole) ne sont-ils pas surdimensionnés ?

Il est frappant qu’on ne puisse traiter de la question agricole dans le sérénité.

Pierre Louis Lefort

  

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